Chambres d’hôtes et nouveau modèle de vie

Retrouver du sens, vivre selon ses valeurs, proposer à sa famille un autre mode de vie, ce sont des demandes fortes en cette époque où l’humain est fortement malmené.

Certains se tournent vers l’activité d’accueil et les chambres d’hôtes et meublés de tourisme comme choix de vie. Cela englobe plusieurs notions différentes mais conciliables et c’est bien la magie de la chambre d’hôtes et du gîte de se moduler à volonté.

Le loueur peut faire des choix forts et vivre dans le respect et la bienveillance.

Respect de l’environnement, circuits courts, permaculture, bien-être, accueil, retrouver du sens, sont des mots et expressions que nous entendons de plus en plus dans nos stages de formation, où nous voyons aussi de plus en plus de jeunes couples qui veulent autre chose pour leurs enfants et eux-mêmes.

Il y a le double effet
– de quitter une vie qui ne donne plus satisfaction, où on ne trouve pas de sens tant certaines entreprises ont déconnecté le travail de l’humain et ont perdu ce qui fait l’essence de se lever avec plaisir pour aller faire quelque chose,
– pour partir vers une vie qui permet de vivre en cohérence avec ses valeurs et surtout je crois, je redevenir quelqu’un et pas un identifiant.

Etes-vous prêt à quitter votre vie pour créer chambres d’hôtes ou gîtes ?

Vous êtes peut-être en ce moment en train de lire ce billet. Vous êtes un citadin qui rêve de quitter la ville pour s’installer à la campagne. De très nombreux Français l’envisageraient, dont beaucoup de Franciliens et un tiers d’entre eux aurait même un projet précis, pas que dans les chambres d’hôtes et gîtes, je le précise.

La vie est un chemin et il y a des étapes nécessaires, et celle du deuil en font partie, il faut donc envisager le projet avec recul, il faut parfois quelques mois de plus pour apaiser une souffrance et conforter un projet de vie.
Un projet de vie ne se définit pas par défaut de ne plus en vouloir un autre, mais par envie.

Choix de mots, choix de vie

Déformation professionnelle, je suis très sensible au choix des mots et à leur connotation positive ou négative. C’est frappant quand nous discutons avec des créateurs lors de nos stages de formations. “Quitter la ville”, ce n’est pas “partir vers un projet”.
La différence est fondamentale de mon point de vue. Avec les premiers mots, on veut fuir un environnement agressif, déshumanisé ! On fuit mais on ne se projette pas encore ailleurs , on est peut-être encore dans un sentiment de gâchis et d’échec, le sentiment de n’avoir pas réussi à contrôler l’incontrôlable, ce que j’appelle le processus de deuil d’une vie passée. Les premiers parlent d’une vie qu’ils ne supportent plus.
Dans le second cas, “partir’, c’est bien le projet qui est décrit, c’est une action positive, volontaire, on va quelque part.

Aucun jugement de valeur, il y a simplement parfois le besoin de laisser le temps au temps, cela n’empêche pas de commencer à se renseigner, à se projeter. Il y a un jour où ce sera le bon moment et la réussite sera plus facile.

Un projet de vie se prépare

Certains l’ont prévu dès la retraite et achètent une résidence secondaire dans cet objectif, mais des actifs veulent aussi partir et font acte de candidature pour des postes en province ou demandent une mutation, d’autres s’intéressent aux entreprises à reprendre ou à créer…

Qu’il s’agisse d’ouvrir une maison d’hôtes, des meublés de tourisme ou toute autre activité, il me paraît utile d’insister sur la préparation nécessaire à ce changement de vie surtout sur un plan personnel.

La famille part avec, cela s’anticipe

Changer de région, quitter la ville pour la campagne, cela engage les proches, ceux qui viendront avec vous mais aussi ceux qui vont s’éloigner en raison des distances, les amis, les grands-parents par exemple et en cas de familles recomposées, cela complique les retrouvailles. Les enfants quitteront leurs amis de classe, auront du trajet pour aller à l’école, devront peut-être aller en internat pour poursuivre leurs études par la suite… Quant aux amis et à la famille restés là-bas, il sera plus difficile de les voir et les moments partagés seront moins nombreux.

Et ce changement de vie sera aussi marqué si vous ouvrez des chambres d’hôtes ou des gîtes. Vous travaillerez beaucoup pendant les vacances et les week-ends, souvent lorsque vos enfants et vos proches ont du temps de libre. Et s’ils viennent vous voir en vacances, ce sera votre pleine saison touristique et vous aurez peu de temps à leur consacrer.

Se créer un nouveau réseau relationnel

“Ailleurs” a aussi ses contraintes, le métro à 6 heures du soir ce n’est pas marrant mais la campagne en plein hiver a aussi ses contraintes, un pays souriant vu à travers le prisme du verre de rosé de l’apéritif pendant ses vacances n’a pas la même facilité de vie quand on y vit.

Une fois sur place, il sera utile de tisser de nouveaux liens. Il faudra apprendre à connaître ses nouveaux voisins et les gens des environs, pas toujours simple. Ne nous voilons pas la face, s’intégrer demande parfois du temps, de l’humilité, des efforts. C’est plus facile quand on a des enfants car eux vous intégreront aux réseaux “parents d’élève”, on peut aussi s’inscrire dans les associations, il y a en fait plein de possibilités, mais ce sera à vous de faire les premiers pas.

Bref, sur le plan personnel, c’est une rupture marquée pour vous et vos proches. Ne sous-estimez pas cela, car en partant pour ouvrir des chambres d’hôtes, on s’engage, avec ses proches, pour un morceau de vie.

Projet de vie et valeurs au pluriel !

Quand on ouvre des chambres d’hôtes, ce n’est pas pour faire fortune. Pour la grande majorité des propriétaires, c’est un investissement patrimonial qui permet de compléter les revenus, de garder et d’entretenir une belle maison. On peut fermer tout ou partie de l’année; adapter le rythme à ses besoins de vie et financiers.
Pour ceux qui vivent des revenus de l’activité, c’est du travail, pour que tout soit beau. Un peu le phénomène iceberg, beaucoup de travail invisible pour que les clients arrivent dans une maison aménagée pour leur confort et passent un moment de vie. Je parle ici en termes purement financiers bien sûr, pas de décompte horaire ni de pointeuse pour calculer le temps passé. On se lance dans cette aventure pour le contact humain, l’accueil, la passion, l’épanouissement personnel et ce sont des valeurs immatérielles.

Les personnes qui ouvrent des chambres d’hôtes ne sont pas des consommateurs

Je m’explique. Je n’ai personnellement jamais rencontré de propriétaires pour qui le shopping soit vital, qui soient addicts à la dernière paire de basket à la mode ou qui craquent au supermarché devant le super yaourt sensé nous rendre beauté, santé et jeunesse !

Ouvrir des chambres d’hôtes ou des meublés de tourisme, c’est avoir une vision de la vie tournée vers des valeurs humaines et avoir un rapport sain avec les biens matériels.
Ouvrir gîtes ou chambres d’hôtes, c’est un projet de vie qui a traversé les âges et qui est complètement moderne voire futuriste.
Cela conjugue la modernité dans les équipements, les moyens de communication, les réseaux sociaux
et à l’heure où notre société connaît une grave crise, pas seulement économique, qu’elle ne pourra surmonter qu’en se réinventant, à l’heure où le modèle de super-consommation a montré ses limites, à l’heure où la planète croule sous les déchets, les propriétaires de chambres d’hôtes font partie des précurseurs d’un modèle de vie “vraie”.
Ouvrir des chambres d’hôtes ou des gîtes finalement, c’est d’abord une ouverture d’esprit.

Ce billet initialement publié en 2009 a été mis à jour en janvier 2020

Publié par

Caroline Kyberd - Accueillir Magazine

Rédactrice en chef d'Accueillir Magazine, la presse des chambres d'hôtes et meublés de tourisme, j'anime aussi les formations pour ouvrir maisons d'hôtes, gîtes ruraux et meublés de tourisme. Retrouvez-moi sur https://www.accueillir-magazine.com

5 réflexions au sujet de « Chambres d’hôtes et nouveau modèle de vie »

  1. Bonjour, je me reconnais tout à fait dans votre bel article Caroline. A la seule différence que nous avons quitté notre terre picarde natale pour l’emploi de mon mari. Toute la famille a été très bien accueillie en Franche Comté et m’a soutenue dans ce beau projet des chambres d’hôtes Souffle Nature à Montenois. Mais je ne me suis pas lancée sans les précieux conseils de votre formation et ayant en tête les contraintes inhérentes à ce que je considère comme un véritable métier. Après 4 ans d’activité et 4 chambres d’hôtes, l’objectif financier n’est pas encore atteint mais les joies des rencontres , des échanges sont si enrichissantes que je ne regrette rien. Bien amicalement, Caroline

  2. Il y a 4 ans j’ai pu racheter la maison de la ferme de mes grands parents. J’y ai retrouvé tous les parfums de mon enfance et une douceur de vivre qui ont fait que j’ai quitté un boulot qui ne m’apportait plus aucune satisfaction, ni épanouissement. J’ai une chambre d’hôte dans cette belle maison et c’est un plaisir sans cesse renouvelé que d’accueillir de nouvelles personnes, faire de belles rencontres. Je suis en train d’acheter l’ancienne grange jouxtant la maison, qui a été entièrement rénovée et mon rêve d’enfance se prolonge. Je veux en faire un lieu de lien, de rencontres, un lieu apaisant. Ce sera un gîte ouvert sur la nature, le bien-vivre et la simplicité. Ici, je suis à ma place. C’est comme une évidence et aujourd’hui à 55 ans, je me dis : tout est possible et tout arrive.

  3. Bonjour Dominique
    c’est du cas par cas qui dépend de beaucoup de paramètres. Avez-vous besoin de cotiser pour la Sécurité sociale, des trimestres de retraite ? Allez-vous avoir une activité très dynamique avec plusieurs chambres et un référencement important dans des coffrets cadeau, des annuaires internet ? Est-ce que le chiffre d’affaires que vous espérez dégager va être conséquent pour les revenus de votre ménage fiscal ? Est-ce que vous êtes tous les deux proches de la retraite ou est-ce que votre mari espère vous rejoindre dans votre activité de chambres d’hôtes en préretraite par exemple ?

    Vous me parlez d’EURL ou du RCS, je vous dirai qu’il y a aussi le nouveau statut d’auto-entrepreneur qui a un avantage par rapport aux autres, on peut passer d’auto-entrepreneur à RCS ou EURL mais pas l’inverse.
    Chaque forme de société, EURL, SAS, inscription au RCS, auto-entrepreneur… a avantage et inconvénient. Cela mérite de les étudier pour en comprendre les enjeux et la bonne situation qui vous est adaptée.

    En tant que créateur, vous avez un peu de temps pour étudier la question.

  4. Je suis en train de créer mes chambres d’hôtes avec ouverture en mai si tout est prêt (travaux), je démarre avec 3 chambres mais ce qui m’inquiète c’est le statut que je dois avoir, faut-il qui je m’incrive au RCS ou que je créé une EURL ou quel est la meilleure autre solution ? Je serai seule à gèrer ces chambres, mon mari garde son emploi et mes enfant sont en train de partir de la maison. Merci pour ce blog !

  5. Je suis totalement d’accord avec cet article.
    Nous sommes en pré-projet, en gros en pleine reflexion, pour se lancer dans la création de chambre d’hôte dans notre corps de ferme, et c’est aussi comme ça que je vois les choses!
    Votre blog est très utile à la reflexion et apporte plein d’eau à mon moulin!
    Je reviendrai, merci!
    MP

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