Vous êtes peut-être un citadin qui rêve de quitter la ville pour s’installer à la campagne. De très nombreux Français l’envisageraient, dont beaucoup de Franciliens et un tiers d’entre eux aurait même un projet précis. La plupart l’ont prévu dès la retraite et achètent une résidence secondaire dans cet objectif, mais des actifs veulent aussi partir et font acte de candidature pour des postes en province ou demandent une mutation, d’autres s’intéressent aux entreprises à reprendre ou à créer…
Qu’il s’agisse d’ouvrir une maison d’hôtes, des meublés de tourisme ou toute autre activité, il me paraît utile d’insister sur la préparation nécessaire à ce changement de vie surtout sur un plan personnel.

La famille part avec

Changer de région, quitter la ville pour la campagne, cela engage les proches, ceux qui viendront avec vous mais aussi ceux qui vont s’éloigner en raison des distances, les amis, les grands-parents par exemple et en cas de familles recomposées, cela complique les retrouvailles. Les enfants quitteront leurs amis de classe, auront du trajet pour aller à l’école, devront peut-être aller en internat pour poursuivre leurs études par la suite… Quant aux amis et à la famille restés en ville, il sera plus difficile de les voir et les moments partagés seront moins nombreux. Et ce changement de vie sera encore plus marqué si vous ouvrez des chambres d’hôtes ou des gîtes. Vous travaillerez beaucoup pendant les vacances et les week-ends lorsque vos enfants et vos proches ont du temps de libre.
Et s’ils viennent vous voir en vacances, ce sera votre pleine saison touristique et vous aurez peu de temps à leur consacrer.

Se créer un réseau

Une fois sur place, il sera utile de tisser de nouveaux liens. Il faudra apprendre à connaître ses nouveaux voisins et les gens des environs, pas toujours simple. Ne nous voilons pas la face, s’intégrer demande parfois du temps, de l’humilité, des efforts. C’est plus facile quand on a des enfants car eux vous intégreront aux réseaux « parents d’élève », on peut aussi s’inscrire dans les associations, il y a en fait plein de possibilités, mais ce sera à vous de faire les premiers pas.

Bref, sur le plan personnel, c’est une rupture marquée pour vous et vos proches. Je connais des propriétaires ayant revendu la maison pour revenir en ville, à leur point de départ, car leurs enfants avaient du mal à s’acclimater. Plus anecdotique, un chien a du être renvoyé chez des cousins car il ne s’adaptait pas aux allées et venues des hôtes.

De mon expérience, il y a des fermetures rapides, peu de temps après l’ouverture des chambres d’hôtes. C’est un mal-être, une vie dans laquelle on ne se sent pas bien, une région dans laquelle on ne s’intègre pas, avec peu d’amis, un quotidien trop lourd, un des deux dans le couple qui le vit mal… Ne sous-estimez pas cela, car en quittant la ville pour ouvrir des chambres d’hôtes, on s’engage, avec ses proches, pour un morceau de vie.

Choix de mots, choix de vie

Déformation professionnelle, je suis très sensible au choix des mots et à leur connotation positive ou négative. « Quitter la ville », ce n’est pas « partir à la campagne ». La différence est fondamentale de mon point de vue, le premier on veut fuir un environnement agressif, déshumanisé, stressant, enfin pas besoin de vous raconter, vous avez tous vu des Parisiens débarquer en vacances et avoir besoin de quelques jours pour respirer à nouveau ! On fuit mais on ne se projette pas ailleurs qui sera forcément mieux.
Dans le second cas, « partir à la campagne » c’est une action positive, volontaire, on va quelque part.

D’accord, Freud ou Lacan ne sont pas loin ! N’empêche qu’un projet de vie ne se définit pas par défaut de ne plus en vouloir un autre. Que « ailleurs » a aussi ses contraintes, que le métro à 6 heures du soir ce n’est pas marrant mais la campagne en plein hiver a aussi ses contraintes, qu’un pays souriant vu à travers le prisme du verre de rosé de l’apéritif pendant ses vacances n’a peut-être pas la même facilité de vie quand on y vit. Et que c’est peut-être à réfléchir avant de tout plaquer pour ouvrir ses chambres d’hôtes ou ses gîtes à la campagne.